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  • Post last modified:18 mars 2021

Roz sur Couesnon, petite commune de 1000 habitants est au cœur de l’histoire des polders dans la baie du Mont-Saint-Michel. Située le long de la voie verte passant sur la digue de la Duchesse Anne, ses activités sont liées à la baie, des anciennes salines aux cultures maraîchères et céréalières actuelles.  Les polders, c’est 3 000 hectares de terres conquis sur la mer !

L’époque des polders et des digues

En créant des polders et des digues, la main de l’homme depuis le 19e siècle a accéléré le processus d’ensablement.

Qu’est-ce qu’un polder ?

Le mot polder est d’origine hollandaise. Il désigne un territoire conquis sur la mer et continuellement défendu contre celle-ci. Le polder doit donc être ceint de digues qui empêchent la pénétration des eaux extérieures de la mer. Et aucun cours d’eau ne traverse plus le polder, seule l’eau de pluie tombe, le débarrassant du sel. L’eau emprisonnée dans ce périmètre est alors captée par un ensemble de pompes actionnées autrefois par des moulins à vent et, aujourd’hui, par des pompes électriques. Même après l’assèchement du polder, les pompes continuent à éliminer l’eau qui s’infiltrerait en excès dans ce dernier. Cette eau est ensuite drainée.

Il faut remonter en 1856 pour comprendre ce qui s’est passé.

Napoléon III crée des polders dans la baie du Mont-Saint-Michel, en 1856.

Il désire favoriser l’agriculture, en s’inspirant des polders hollandais. On pensait à l’époque que ces conquêtes sur la mer amèneraient la richesse publique. En effet, les endiguements créent les terres les plus fertiles, c’était une théorie de “philosophes économiques” que l’on appelait les Physiocrates. L’Etat veut amener les grands capitaux à se diriger vers l’agriculture, car il faut des fonds considérables pour entreprendre ces grands travaux.

Les travaux

En 1856, il accorde une concession pour la création de 3.000 hectares de polders, dans la Baie du Mont-Saint-Michel. Les travaux seront achevés en 1934. La concession est faite à Messieurs Mosselman et Donon, des banquiers connus dans l’entourage de l’empereur. C’est la Compagnie des Polders de l’Ouest  qui réalise ces travaux et exploite les polders.  Elle doit :

  • Verser dans les 15 années une redevance de 377.878 F (Francs de l’époque).
  • Réaliser la canalisation du Couesnon au moyen d’un chenal calibré entre 2 digues insubmersibles dans un délai de 6 ans.
  • Construire vers 1859,  la digue de la Roche Torin, qui devait accélérer le colmatage pour la réalisation des polders, à l’Est du Mont. Cette digue devait atteindre le rocher du Mont-Saint-Michel.

Roz sur Couesnon est lié au développement des Polders

Bien que le Couesnon ne coule plus sur le territoire de la commune depuis la fin du XIXe siècle, car il a été canalisé vers le Mont Saint-Michel pour permettre la réalisation des travaux de poldérisation, le nom de la commune a conservé son déterminant complémentaire “sur-Couesnon“. En effet, le Couesnon coulait jadis, bien plus à l’ouest du Mont-Saint-Michel, dans des marais où se situe encore la frontière historique de la Bretagne de nos jours.

Le belvédère de Roz-sur-Couesnon.

Situé face à la mairie de la commune, dans un parc, le belvédère il offre un magnifique point de vue sur les polders.

Les prés salés

Les marais salés, appelés également prés salés ou encore localement herbus ou schorres, constituent l’un des patrimoines les plus remarquables de la baie du Mont-Saint-Michel. La superficie exceptionnelle de ces herbus (près de 4100 ha), les plus vastes du littoral français, la rareté des espèces et des groupements végétaux, et leur valeur biologique justifient à eux seuls la reconnaissance de la baie à l’échelle internationale.
Les marais salés s’étendent sur la majeure partie du littoral de Genêts en Manche jusque Saint-Benoît des Ondes en Ille-et-Vilaine. Ils constituent ainsi la véritable interface entre la terre et la mer.

Généralités sur les marais maritimes

Les marais maritimes, ou marais littoraux, sont des terres basses, formées d’alluvions récentes et partiellement inondées par les eaux marines. Bien qu’ils ne soient pas liés à un débouché fluvial, ils peuvent recevoir de petits cours d’eau.

Baptisé tidal marsh en anglais, marsch en allemand et waden en flamand, le marais maritime porte également, en France, divers noms locaux tels que palue (Gironde) ou vey (Normandie). Bien que les sables et la tourbe contribuent souvent pour une large part à l’édification des marais maritimes, c’est la vase qui en est généralement le constituant principal, qu’elle soit d’origine marine (c’est le cas de la tangue du Mont-Saint-Michel, qui provient de la pulvérisation d’algues calcaires et de débris de coquillages) ou continentale.

Le marais maritime se divise classiquement en deux grandes parties :

  • Une partie basse, située dans la zone de balancement des marées et dépourvue de végétation : c’est la slikkeappelée aussi vasière en Vendée et crassat dans le bassin d’Arcachon.
  • Une partie haute, inondée seulement lors des marées de vive-eau et des tempêtes ; formée de vase desséchée et granulée, elle porte une végétation de plantes halophiles, remplacée en milieu tropical par la mangrove : c’est le schorreou herbudont la partie supérieure devient le pré salé.

Si le passage est très progressif entre la basse slikke, immergée à chaque marée, et la haute slikke, en voie de colonisation par la végétation, la limite est toujours très nette entre slikke et schorre ; elle est marquée par une sorte de microfalaise de quelques décimètres de haut, quelquefois précédée de buttes témoins : c’est le talard.

L’ensemble du marais maritime est sillonné par un réseau de chenaux (tidal creeks, en anglais), dont le tracé ne va pas sans rappeler celui d’un système fluvial ou des ramifications d’un arbre (ce réseau est d’ailleurs dit dendritique). Bordés par des levées de quelques centimètres, ces chenaux sont généralement caractérisés par leur spécialisation en branches de flot et de jusant, spécialisation qui semble être en rapport avec leur direction. Décrivant de nombreux méandres, ils évoluent rapidement sous l’influence des courants, qui érodent les fonds et sapent les berges (le jusant y crée un courant plus rapide et plus prolongé que le flot).

Contrairement aux plages, construites par les vagues, les marais maritimes résultent du dépôt et de la fixation des sédiments dans une aire de calme. Ils se forment, en effet, soit par colmatage de la partie abritée d’un estuaire, soit en arrière d’une flèche littorale, soit dans une baie en cul-de-sac.

Coupe d'un herbu
(Coupe schématique d’un herbu)

La digue de la Duchesse Anne

La digue de la Duchesse-Anne, aussi appelée chaussée de la duchesse Anne ou digue de Bretagne, est une digue construite sur des anciens cordon littoraux qui séparait la baie du mont Saint-Michel des marais de Dol dans le nord-est de la Bretagne. Elle s’étend environ sur une trentaine de kilomètres de la pointe de Château-Richeux (sud de Cancale) à l’ouest, jusqu’au petit massif de Saint-Broladre à l’est. De là, elle est prolongée par la digue de l’Ouest jusqu’à l’embouchure du Couesnon (cette dernière digue étant quelquefois incluse sous le nom de digue de la duchesse Anne). La date du début de sa construction est imprécise, probablement au xie ou xiie siècle à l’initiative des ducs de Bretagne. Il existait alors de petits cordons littoraux formés par des nombreux bancs coquilliers parallèles à la côte entre Saint-Méloir et le rocher de Saint-Broladre (où fut construite ensuite la chapelle Sainte-Anne).

Son prolongement et son renforcement se poursuivirent sur les siècles suivants transformant progressivement les marais au sud en polders. La digue de l’Ouest qui la prolonge est elle élevée au milieu du xixe siècle.

En 1878-1879, une digue-route insubmersible longue de près de deux kilomètres fut construite afin d’unir le Mont-Saint-Michel et le continent. A l’ouest du Couesnon, les endiguements se sont poursuivis jusqu’à la construction en 1934 du polder Tesnières par la Compagnie des polders de l’ouest. Enfin, le barrage de la Caserne fut construit sur le Couesnon en 1968-1969. Il avait pour objet de favoriser le drainage des marais riverains du Couesnon et de soustraire à la submersion saline les terrains de l’anse de Moidrey.

Les Polders

Tous ces polders ont été crées à des fins agricoles mais leur utilisation n’était toutefois pas immédiate. En effet, suite aux travaux de poldérisation, une année était nécessaire pour assécher et dessaler les sols tandis que la mise en culture pouvait s’effectuer deux années plus tard.

La vocation première des polders fut la production agricole et plus particulièrement les cultures céréalières, maraichères et fourragères. A la fin du XIXème siècle, le prix du blé s’effondre et amène les agriculteurs à se tourner vers l’élevage. Le cheptel augmente alors régulièrement.

En 1945, chaque ferme possède en moyenne 20 chevaux. C’est “l’âge d’or” des prairies permanentes qui représentent 58% de l’occupation du sol en 1952. C’est également une période favorable à l’avifaune qui bénéficie alors de vastes ensembles prairiaux pour s’alimenter, voire se reproduire. Ensuite, la tendance s’inverse assez rapidement, plutôt lentement jusqu’en 1960, puis rapidement après 1965, date de l’arrivée du maïs qui devient la culture principale. A cette époque, alors que le rendement moyen des céréales dans la Manche s’élève à 65 quintaux à l’hectare, les polders permettent d’en obtenir 85 à 100 quintaux. En 1973, les prairies n’occupent plus que 25% au bénéfice des cultures.

Vocabulaire

Une “criche” est un creux de ruisseau.

Un marigot est une petite étendue d’eau fermée (une mare), souvent dépourvue d’eau pendant la saison sèche. Il peut s’agir d’un étang permanent ou alors de bras d’eau d’une rivière qui se transforment progressivement en petites mares, se réduisent et disparaissent parfois. Ces lieux bas, sujets aux inondations, peuvent constituer des marais.

Les filandres sont des chenaux qui permettent la circulation périodique de la mer dans les prés salés

Un schorre ou pré-salé ou encore herbu est une étendue naturelle plane à végétation basse située à proximité du bord de mer, inondée par les eaux salées uniquement lors des hautes marées.

La slikke est l’une des zones caractéristiques des vasières de l’estran. Le schorre en amont, la slikke en aval. La slikke est donc la partie qui est inondée à chaque marée haute.
La slikke est nue ou très pauvre en végétation, mais elle abrite une énorme biomasse bactérienne qui joue un rôle essentiel dans les processus d’autoépuration et de recyclage de la nécromasse.

La tangue est un sédiment qui se dépose dans les zones de vasières littorales recouvertes par les hautes marées des côtes de la Manche et qui est formé d’une fraction sableuse principalement à base de débris coquilliers calcaires et d’une fraction vaseuse de limons et d’argiles.

Le talard est la limite toujours très nette entre slikke et schorre. C’est une sorte de microfalaise de quelques décimètres de haut, quelquefois précédée de buttes témoins.

La prime à la cessation d’activité laitière encourage alors les paysans à se tourner vers les céréales. En 1995, les prairies n’occupent plus qu’environ 5% de l’espace et en 2008, la part dédiée à l’élevage sur les polders ne représente plus que 1%.

Les cultures

On pratique une culture non forcée, qui respecte les saisons. Ainsi, dans ces terres riches elle permet d’obtenir des carottes plus sucrées. C’est ce qui fait leur renommée. Le climat doux du Mont Saint-Michel est également propice à la production de céleri-rave, navet, poireau et salades.

Le patrimoine ornithologique

L’évolution de l’agriculture des dernières décennies a considérablement fait perdre l’intérêt des polders pour les oiseaux. Les transformations successives du paysage (arasement de haies, intensification des pratiques et drainage) ont modifié en profondeur les peuplements aviaires. Parmi les changements les plus spectaculaires, la disparition de l’Oie Rieuse et du Combattant Varié en hivernage sont significatifs.

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